L'éducation sexuelle à l'école pour tenter de briser les tabous en Inde
le 7/10/2009 à 11h47
par Rupam Jain Nair (AFP)
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Alors que l’éducation sexuelle reste un sujet sensible et donc peu abordé dans les écoles indiennes, certains établissements scolaires commencent à franchir le pas. Une évolution nécessaire qui se heurte encore à l’opposition d’une grande partie de la société.
Dans une classe
de New Delhi, la photo d'un couple en pleins ébats accrochée au tableau noir
plonge la quarantaine d'élèves dans un silence gêné: cette timide initiation à
l'éducation sexuelle demeure encore iconoclaste dans une société où les tabous
sont vivaces.
La leçon de
choses pour des adolescents de 15 ans ne fait pas partie du programme
obligatoire et cette école privée huppée de la capitale prend un certain risque
en ajoutant la sexualité aux matières ordinaires.
Selon les traditionnalistes, de tels cours vont à l'encontre des sensibilités
hindouistes et s'emparent de questions liées à la sphère intime qu'il serait
préférable d'aborder en famille.
Les rapides changements sociaux en Inde ont cependant créé une attente pour un
enseignement spécifique à destination des adolescents ignorants de la
reproduction humaine, et un peu partout dans le pays, plusieurs écoles privées
ont discrètement mis en place des cours sur le sujet.
"L'Inde
autorise les jeunes à apprendre des langues européennes, à manger de la pizza,
à porter des habits moulants et à danser sur de la musique anglaise",
énumère Rubina Hussain Sheikh, qui vient de donner son cours d'éducation
sexuelle d'une façon simple et informelle.
"Alors
pourquoi parler de sexualité dans les écoles n'est pas accepté?",
s'interroge celle qui considère son travail comme "un devoir vital pour
combattre l'ignorance".
La conseillère en
éducation sexuelle montre aux élèves des photos sorties des textes anciens du
Kamasutra, mais aussi des images sur le développement du corps chez
l'adolescent ou des graphiques expliquant le virus du sida et la propagation
des maladies sexuellement transmissibles en Inde.
"Je ne
connaissais rien à la sexualité, à la grossesse ni aux précautions à prendre
pour se protéger lors d'un rapport. Je suis contente d'être au courant
maintenant", assure Riddhima Tiwari, une élève de cette école ayant
souhaité l'anonymat.
Mais pour des
millions d'élèves des écoles publiques, les tabous sont loin d'être brisés, les
gouvernements des différents Etats indiens évitant toujours l'idée de cours
d'éducation sexuelle.
"Si tel
était le cas, ces cours auraient des effets déplorables sur les jeunes
esprits", affirme à l'AFP Swami Nityanand, un prêtre hindou membre d'une
organisation hindouiste de droite, Vishwa Hindu Parishad.
En 2007, des disciples de ce prêtre avaient brûlé des livres scolaires évoquant
la contraception, forçant l'Etat du Gujarat (ouest) à censurer les chapitres
sur la reproduction dans les manuels de sciences.
"Donner ce genre d'éducation reviendrait à abaisser la culture indienne et
ses valeurs et je lutterai jusqu'au bout pour protéger notre riche
patrimoine", prévient-il.
Selon une enquête
sur les changements dans la sexualité des adolescents en Inde, menée en 2007
par des médecins et des ONG, il y a cependant urgence.
Selon cette
étude, 40% des personnes contaminées par le sida en Inde ont contracté le virus
entre 16 et 24 ans et un tiers des avortements concernent des adolescentes. Les
grossesses d'adolescentes ont en outre doublé depuis cinq ans.
"Cette
théorie sur la culture indienne et la moralité est une hypocrisie", juge
Ravi Kumar Tandon, un médecin spécialisé dans la sexualité. "Eduquer les
jeunes et leur apprendre à utiliser un préservatif ne va pas les
occidentaliser. Cela leur fera juste prendre conscience de leur
sexualité", estime-t-il.
EducationSantéSexeTradition
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